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Décrocher son premier rendez-vous

La recherche d’emploi a son rituel : le CV et la lettre de motivation, adressés au responsable du recrutement. Puis vient l’attente, parfois courte, souvent vaine, voire décourageante. Une convocation à un entretien est un privilège rare, que directeurs des ressources humaines (DRH) ou consultants spécialisés n’accordent qu’au compte-gouttes. C’est surtout pour le candidat, un trop rare premier pas concret vers l’embauche.
«Pour une offre, même en CDD, je reçois de soixante-dix à deux cents CV, dont plus des trois quarts correspondent parfaitement au poste», affirme Guillaume Perrin, responsable ressources humaines (RH) chez Flexico, grosse PME du secteur de l’emballage. Une surabondance qui, selon lui, rend le tri des candidatures très difficile. Pour rester dans la course et ne pas tomber trop rapidement aux oubliettes, les écoles conseillent à tous leurs diplômés, de procéder à des relances, preuves de leur motivation. Ces piqûres de rappel, par téléphone ou courrier électronique, ne sont cependant pas du goût de tous les recruteurs. Bien au contraire.
«Le fait est que, tant que l’on a pas vu la personne, cela ne sert à rien de se manifester, même par courriel. On en reçoit déjà près d’une centaine chaque jour», explique Eric Grégoire, responsable du blog economie.blogs.nouvelobs.com . «Un nouveau courriel, pourquoi pas ? Cela laisse le choix de le lire ou non», admet Eric Chevalier, directeur des affaires financières chez Dualis, une PME parisienne. En revanche, le téléphone est à bannir. «Ou bien le candidat s’adresse à un DRH qui passe 80% de son temps en entretien, et il le dérange, assure Eric Chevalier. Soit, il appelle le responsable RH d’une PME qui, c’est mon cas, s’occupe aussi de toutes les affaires juridiques et financières, et nous n’avons pas le temps de répondre au téléphone pour donner des nouvelles sur l’avancement de tous les recrutements.»
Même Guillaume Perrin, plutôt sensible aux démarches volontaristes des candidats, juge rédhibitoire, le harcèlement pratiqué par certains. «Dans les faits, tout dépend de la nature de l’envoi, nuance Corinne Brunet, consultante chez Altedia. Lorsque le candidat a répondu à une annonce, il n’a pas grand-chose à faire de plus. Dans le cas d’une candidature spontanée, il faut en revanche absolument rappeler dans les jours qui suivent l’envoi. Un CV marquant ne reste en tête que trois à quatre jours. Après, on l’oublie».
S’il est préférable de ne rien faire une fois la candidature envoyée, c’est peut-être justement parce que tout se joue en amont. En termes de sélection, le CV reste une valeur sûre. La dernière étude réalisée en 2004 par DDI France, observatoire français des entreprises, auprès de 1 500 managers de treize pays dans le monde, confirme que dans 72% des cas, l’analyse du CV est déterminante.
Les recruteurs s’accordent pour affirmer qu’il n’existe pas vraiment de règles en matière de CV, mais plutôt des erreurs à ne pas commettre. Si les diplômes sont évidemment pris en compte, il ne faut pas se limiter à leur énumération. Plus le candidat a d’expérience, plus le cursus scolaire doit s’effacer derrière lui. «Il faut impérativement que la personne laisse transparaître qui elle est dès les premières lignes, sinon elle ne nous donne pas envie de lire la suite», explique Eric Chevalier.
Solliciter un entretien, c’est avant tout provoquer une rencontre et les DRH souhaitent donc passer rapidement à l’aspect humain. «Lorsque je reçois un CV, je commence par regarder s’il y a cohérence entre le parcours du candidat et le poste à pourvoir, précise Guillaume Perrin. Ensuite j’examine attentivement la partie consacrée aux loisirs, surtout lorsque le métier demande un engagement très fort et génère du stress. C’est révélateur de la personnalité.»

Mais comment parvenir à faire la différence ? «Aujourd’hui, tous les candidats sont diplômés, ont fait des stages, aiment le sport, la lecture et le cinéma, ajoute Eric Chevalier. Tout le monde dit la même chose ! Si l’on appartient à une association qui n’a rien à voir avec son métier c’est un plus, il faut l’écrire. Les loisirs ne sont pas du tout anodins.»

Plus que sur le cursus, ou le réseau des candidats, la partie se jouerait donc sur le terrain de leur personnalité. Au-delà des compétences, les entreprises affirment rechercher des profils. Si nombre de DRH avouent qu’ils survolent la lettre de motivation, voire l’ignorent totalement, prendre sa plume peut aussi faire la différence, à condition de ne pas trop enjoliver. «J’attends de la lettre d’un candidat qu’elle me démontre qu’il est en phase avec les valeurs de l’entreprise, affirme Eric Grégoire. Si c’est le cas je le rencontre, et je relis le courrier pendant l’entretien pour voir s’il y a cohérence avec la personne que j’ai en face de moi». Il est donc primordial de bien se renseigner sur le poste et la société.

Enfin, s’il est conseillé de peaufiner sa candidature et préférable d’attendre sagement un signe du recruteur, il est plus que recommandé de bannir toute idée de «coup de fil vengeur». «J’ai déjà reçu des appels de candidats malheureux, conclut Guillaume Perrin, qui voulaient me prévenir que j’avais commis une erreur en ne les convoquant pas. C’est très mal perçu !»

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Chômage : l’embellie de juillet reste à confirmer

Après quatre mois consécutifs de progression, juillet aura vu pour la première fois une inflexion dans les chiffres du chômage. Celui-ci a baissé de 0,5%. Avec ses 12 500 chômeurs de moins, les statistiques officielles publiées hier ont donné de bonnes raisons d’espérer, tant au gouvernement qu’aux experts. Bien que sur un an, le taux de chômage affiche une augmentation de 2%, le ministre du Travail, Jean-Louis Borloo estime que cette embellie «faisait plutôt du bien psychologiquement». Alors que le gouvernement a placé l’année 2014 sous le signe de l’emploi, ce repli du nombre de sans-emploi fait évidemment figure de bonne nouvelle. En cette rentrée de tous les doutes, elle pourrait permettre d’améliorer le moral des ménages, et derrière lui, de soutenir la consommation.

Baisse des licenciements economiques.

Une lecture approfondie des chiffres laisse percevoir que presque toutes les catégories de chômeurs ont profité du mieux : hommes, femmes, jeunes voient leur horizon s’éclaircir. Certes, la France compte encore 2,44 millions de demandeurs d’emploi. Mais le nombre de nouvelles inscriptions à l’ANPE a diminué de 5,5% alors que les sorties ont, dans le même temps, reculé de 2,5%. Il s’est trouvé moins de gens pour s’inscrire à la suite d’une fin de CDD ou de mission d’intérim. Le ministère de l’Emploi y voit la marque d’une stabilisation de l’emploi. De même, les licenciements économiques ont baissé de 9,9%, (15,1% en un an), ce qui semble indiquer que les entreprises engageant des plans sociaux s’attachent de plus en plus à reclasser leurs salariés dans d’autres postes.
Le nombre de jeunes demandeurs d’emploi a de nouveau diminué de 1,7% (+4,8% sur un an). Toute reprise profite rapidement aux plus jeunes. Mais celui des personnes de 50 ans et plus a augmenté d’un petit 0,1% (–1% sur un an).

Enfin, le nombre des chômeurs de longue durée, inscrits depuis au moins un an dans une agence, a lui augmenté de 2,5% (+3,0% sur un an). Parmi eux, celui des chômeurs inscrits depuis au moins deux ans est en hausse de 4,2% (+7,7% sur un an).

D’une manière globale, la France voit son taux de chômage diminuer de 0,1% pour s’établir à 9,8%. Mais il est encore trop tôt pour tirer des enseignements à long terme, et pour savoir si oui ou non la tendance est «durable». «La consommation des ménages a été soutenue sur la première moitié de l’année. Cette tendance a besoin d’une amélioration de l’emploi pour se poursuivre», réagit l’économiste David Naudé (Deutsche Bank).

Traditionnellement, les mois de juillet sont généralement porteurs de bons chiffres de l’emploi, ne seraient-ce que parce que les étudiants fraîchement diplômés ne se sont pas encore inscrits à l’ANPE.

Pour Marc Touati (Natexis Banques populaires), il ne faut d’ailleurs pas se tromper: «Le niveau du chômage reste détestablement élevé et la légère baisse de juillet ne compense pas la hausse des deux mois précédents. A 9,8% le taux de chômage retrouve le niveau qui prévalait un an plus tôt, c’est-à-dire un sommet depuis mars 2000», analyse-t-il. «Dans la dernière enquête de l’Insee, ainsi que dans celle de la commission européenne les perspectives d’emploi des industriels apparaissent négatives et celles dans les services demeurent trop faiblement positives pour compenser», rappelle-t-il.

Tout le monde, ministre du Travail en tête, s’accorde donc à affirmer que «le chemin est encore très long» vers le plein-emploi. L’amélioration du marché du travail sera encore lente, et la France devrait continuer à figurer en queue du peloton des pays européens pour ses performances dans ce domaine. En juin, l’OCDE estimait, dans son rapport annuel sur la zone euro, que le chômage français culminerait à 9,9% à la fin de l’année.

S’engouffrant dans cette incertitude, le Parti socialiste et FO ont lancé quelques invectives contre le gouvernement. Le premier pour dénoncer «la responsabilité politique» du gouvernement et l’accuser d’avoir «favorisé la montée de la précarité, incité les entreprises à opérer des chantages à l’emploi en caricaturant à l’extrême les 35 heures». Quant à FO, elle a estimé qu’il était «plus que nécessaire de soutenir l’activité économique par une augmentation du pouvoir d’achat».